Définition et exemples de la métaphore

Exemples de la métaphore

La notion de métaphore a pris un tout autre statut avec le développement des sciences modernes : la linguistique cognitive, la sémantique lexicale, la pragmatique. Cependant, sa définition se base souvent sur des concepts empruntés à la rhétorique - la substitution, la ressemblance, la similitude, l’analogie ou encore la comparaison (Augustyn, 2013).

Ainsi, la métaphore a été définie de différente manière par des auteurs appartenant à des époques différentes. Aristote par exemple, la définit comme étant “un transfert de sens”. Tsoukas (1991) la définit comme étant : “la figure de discours dans laquelle un nom ou un terme descriptif est transféré d'un objet à un objet différent, mais analogue à celui dans lequel il est proprement applicable”. La métaphore est donc une procédé qui permet de juxtaposer des termes concrets pour établir des similitudes à fin de donner du sens à la description de la réalité.

La métaphore est largement abordée en rhétorique et en Linguistique. En rhétorique, la métaphore est une figure de style qui appartient à la famille des tropes (figure par laquelle une expression ou un mot est détourné de son sens propre), ensemble avec les métonymies, les synecdoques et l’ironie.

On distingue la métaphore nominale de la métaphore verbale. La métaphore nominale implique la mise en jeu d’un terme métaphorisant et un terme métaphorisé. Par exemple - Cet enfant est un ange. L'enfant est le terme métaphorisé, l'ange est le terme métaphorisant, Le rapport qui s'établit entre les deux termes est décrit comme une comparaison, une substitution ou encore une interaction (Black, 1993, p. 27 apud Dilks, 2011).

La métaphore verbale ou métaphore à pivot quant à lui est identifiable dans une structure dans laquelle le verbe est le terme métaphorisant. Pour Tamine (1978), la métaphore verbale est “une métaphore in abstentia” ; c’est-à-dire, dans ce type de métaphore, le verbe qui constitue le terme métaphorisant n’est pas en relation avec un autre verbe dans l’énoncé. Par exemple - Le professeur s'enflamme. Le verbe s'enflammer n'est en relation avec un autre verbe, il est indépendant.

On peut reconnaître la métaphore verbale grâce à l’incompatibilité entre le verbe et ses référents, cette même incompatibilité peut exister soit entre le sujet et le verbe, soit entre le verbe et l’objet direct (Villard 1984); mais également entre le verbe et l’objet indirect cf Il lutte contre ses démons (Dilks, 2011)

On distingue également deux types de métaphore, les métaphores dites conventionnalisées et la métaphores non conventionelles ou vives. Les métaphores conventionnalisées sont celles qui sont entrées dans le langage du quotidien à tel point qu’elles ne sont plus senti comme des métaphores. Par exemple - Il est encore dans la fleur de l’âge. Ces sont des métaphores qui ont perdu leur effet de métaphore, et qui ne sont plus perçues comme telles. Les métaphores vives sont celles qui ne font pas partie du langage courant, comme par exemple - Mon enfance s’est déroulée sans un nuage.

Les fonctions de la métaphore

La fonction fondamentale de la métaphore est d’établir les différentes relations entre les référents mis en jeu.La fonction fondamentale de la métaphore est d’établir les différentes relations entre les référents mis en jeu. Cependant, la métaphore peut également induire la personnification d’un objet ou d’une abstraction ou encore, rendre concret quelque chose qui est abstrait au départ ; elle peut également avoir la valeur de la litote ou bien de l’hyperbole (Le Guern 1973).

Traditionnellement, le langage assume trois fonctions selon Le Guern (1973) : « docere, placere, movere ». La fonction docere est de transmettre de l’information ; a fonction placere vise à orner et de plaire ; la fonction movere vise à émouvoir et de persuader. La métaphore remplit également ces trois fonctions du langage. En effet, la métaphore permet de transmettre de l'information, elle offre également la possibilité d’embellir un discours, mais aussi d’émouvoir et de persuader (la métaphore dynanique).

La métaphore filée

Une métaphore filée est une métaphore portant sur au moins deux lexies, se référant à la même situation et étendue sur un ou plusieurs énoncés.(Dilks, )

Exemple :

D’ailleurs son mollet charnu, saillant, pronostiquait, autant que son long nez carré, des qualités morales auxquelles paraissait tenir la veuve, et que confirmait la face lunaire et naïvement niaise du bonhomme. Ce devait être une bête solidement bâtie, capable de dépenser tout son esprit en sentiment. Ses cheveux en ailes de pigeon, que le coiffeur de l’école Polytechnique vint lui poudrer tous les matins, dessinaient cinq pointes sur son front bas, et décoraient bien sa figure. (Le père Goriot, Honoré de Balzac)

Dans cet énoncé toutes les métaphores se réfèrent à une seule personne et à ses partie du corps - lunaire, niaise du bonhomme, une bête, en ailes de pigeon.

Exemples de la métaphore

  1. Mon âme est un tombeau. (Le mauvais moine, Charles Baudelaire) → âme (terme métaphorisé), tombeau (terme métaphorisant).
  2. Vauquer avait bien vu, de son œil de pie, (Le père Goriot, Honoré de Balzac) → Vauquer (terme métaphorisé), oeil de pie (terme métaphorisant).
  3. Mon enfance s’est déroulée sans un nuage. (L’Ennemi, Charles Baudelaire)→ enfance (terme métaphorisé), nuage (terme métaphorisant).
  4. Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage. (L’Ennemi, Charles Baudelaire) → jeunesse (terme métaphorisé), ténébreux orage (terme métaphorisant).
  5. Elle le trouvait un homme parfait. (Le père Goriot, Honoré de Balzac) → le (terme métaphorisé), homme parfait (terme métaphorisant).
  6. Le soldat rougit (Dilks, 2011) → Il s'agit ici d'une métaphore verbal, le verbe rougir n'est pas en relation avec un autre verbe

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Références

Augustyn, M., 2003, Les mécanismes productifs dans la genèse des collocations des noms d’affect – entre métaphore et figement, Thèse de doctorat, Université de Grenoble, http://lidilem.u-grenoble3.fr/IMG/pdf/these_magda_augustyn.pdf, en ligne, 2013, (consulté le 20 juin 2020).

Black, Max. 1993. « More About Metaphor ». In Ortony, Andrew (éd.), Metaphor and Thought. 2ème édition. Cambridge : Cambridge University Press.

Dilks, Ch., (2011), « Approches théoriques : la métaphore, la sémantique interprétative et la sémantique cognitive ». Texto ! [en ligne], Volume XVI - n°2 (2011). Coordonné par C. Poudat. URL : http://www.revuetexto.net/index.php?id=2857.

LE Guern, M., 1973. Sémantique de la métaphore et de la métonymie. Paris : Larousse.

Tsoukas, H.,1991, The missing link : a transformational view of metaphors in organizational science, op cited

Villard, M., 1984. Les universaux métaphoriques. Étude contrastive de la métaphore en japonais et en français. Publications Universitaires Européennes, vol. 34. Berne/Frankfurt s. Main/New York : Peter Lang.